Ces anciens Tranchais pratiquaient la chasse, la pêche, l’élevage et déjà, la culture. Ils figurent parmi les premiers agriculteurs de l’ouest de la France. Ils utilisaient des haches polies, des outils en pierre, en bois, en os et des flèches en silex (vers 3500 avant jésus Christ) ainsi que des poteries.
Les premières traces de métallurgie remontent à 2500 avant Jésus-Christ (récipients en cuivre). Au début de l’âge de bronze (1800 avant Jésus-Christ) le site de la Pointe de la République (vers les Generelles) était habité. On y a retrouvé des traces d’animaux domestiques (bovins, porcs, chèvres, moutons) mais aussi sauvages (cerfs, sangliers). A l’âge du fer (à partir du VIIIème siècle avant Jésus-Christ), les cultivateurs-éleveurs occupaient le littoral, de la Pointe du Grouin à la Pointe du Chiquet (actuellement Pavillon de l’Aunis). A partir des VI ème V ème siècles avant Jésus-Christ le Poitou connaît l’occupation gauloise. L’ensablement des côtes et la formation progressive de dunes remonteraient à cette époque. Selon Cyrille Delaire, une ville gauloise se trouvait "au nord d’une dune de sable dénommée Promontoire des Pictons, isolant de l’Océan un golfe du même nom devenu le Marais Poitevin. Il ne reste plus du golfe que l’anse de l’Aiguillon et son estuaire est le Pertuis Breton". Le nom gaulois de cette ville était CARVOR ("clan cerf") mais subira des variantes au fil des siècles : CARVOR TRUNCA, TRANCA, TRINCA, TRANCHEA, TRANCHA…. pour donner finalement LA TRANCHE. Selon C. DELAIRE, la mer aurait coupé la côte, d’où ce nom déviré du latin "truncare" (trancher).
Savary De Mauleon Et Les 3 Eglises De La Tranche
Selon une charte de 1227 – sans doute un faux d’époque, selon les spécialistes –Savary de Mauléon, personnage considérable et haut en couleurs, "seigneur de Châtelaillon, l’île de Ré, Angoulins, Benon, Mauléon, Fontenay, Marans et Tallemond" aurait épousé en secondes noces sa concubine Amabilis (ou Amable) du Bois, originaire de l’île de Ré, en l’église Saint-Nicolas de La Tranche. Même si ce document fut fabriqué de toutes pièces afin de sauvegarder les droits de son fils Raoul IV (né hors mariage) dans un procès sur fond d’héritage, il a le mérite de mentionner l’existence de la 1ère église (en fait une chapelle) situé près de l’Anse du Maupas sur une parcelle de sable " donnée en 1120 par Etienne de la Jarrie au seigneur-abbé de Talmont".
En 1720, Robert de Vignolle, "ingénieur du Roy", note que la chapelle est "minée par les sources de la mer". En 1725, il en ordonne la destruction et la reconstruction "quelque cent toises plus loin" (environ 200 mètres, à l’emplacement actuel). Ainsi, il n’y a jamais eu d’église sur le rocher de l’Aunis, qui aurait été engloutie par la mer, selon une légende aussi tenace que pittoresque.
Construite en 1729, la 2ème église est rejointe en 1736 par le cimetière, lui aussi "empietté par la mer".
Le 1er cimetière se trouvait vers le Maupas, d’où l’appellation de Pointe du Cimetière pour un lieu qui se verra affublé d’une jetée en 1966 et d’un embarcadère en bois en 1971.
Devenue à son tour vétuste et exiguë, la 2ème église est démolie et reconstruite au même endroit en 1868 (architecte : Léon BALLEREAU, de Luçon). Le cimetière sera à nouveau déménagé en 1954, date du percement de l’avenue Maurice Samson. Il sera transféré au lieu-dit "Le Creux du Tambour".
C’est en 1615 que la paroisse fut érigée en cure. Auparavant, elle dépendait de la cure de Longeville.
La Révolution Et Les Guerres De Vendée
La révolution est bien accueillie à La Tranche (toute la côte est républicaine, comme la Plaine de Luçon et le Marais Poitevin). A partir de 1789, " l’adhésion aux idéaux révolutionnaires n’a pas d’autres origines que les griefs accumulés contre un clergé honni" selon Luc Tessier (thèse de doctorat).
Jacques Robion, marchand d’origine rhétaise sera le 1er maire de La Tranche (1790-1791). En 1789, La Tranche compte 131 feux (ménages) et 556 habitants en 1791.
Lors des guerres de Vendée, les Tranchais refusent l’enrôlement dans l’Armée Catholique et Royale et repoussent les insurgés en 1793. Ils participent à la surveillance des côtes et appuient la Garde Nationale de "Moutiers-les-Fidèles" (nom révolutionnaire de Moutiers-les-Mauxfaits).
En 1795, le Comte d’Artois, futur Charles X, doit débarquer à La Tranche avec la flotte anglaise. Les émigrés sont censés faire leur jonction avec les troupes de Charette alors campées vers Nesmy. Ce débarquement –hormis quelques armes- n’aura pas lieu, condamnant définitivement l’insurrection, déjà bien compromise. Le chef vendéen sera bientôt capturé et fusillé à Nantes en 1796.
Le Combat De La Fregate "La Seine" 29-30 Juin 1798
La flotte anglaise impose un blocus impitoyable. Les vaisseaux anglais sont partout, notamment dans le Pertuis Breton où "ils enlèvent chaque jour des navires au commerce", note le commissaire de la Marine à St-Martin-de-Ré.
Revenant de l’Ile de France (île Maurice) avec 250 passagers et 150 soldats du régiment de Pondichéry, la frégate "La Seine" est poursuivie par deux divisions anglaises.
Durant toute la nuit (11-12 Messidor An VI) un combat acharné oppose "La Seine" à 3 frégates ennemies, à la Pointe du Grouin où les 4 navires s’échouent. Démâtée, ses poudres noyées, son équipage décimé, "La Seine" doit amener son pavillon, après avoir coulé "La Pique" et endommagé gravement le "Jason", qui coulera un peu plus tard.
Les Anglais reviennent pour brûler les restes de "La Pique" et renflouer "La Seine", qu’ils emmènent à la remorque jusqu’à Portsmouth. Au bruit du combat, le général Travot (qui a capturé Charette) se rend en personne à La Tranche.
Emmené en captivité en Angleterre mais bientôt libéré, "en égard au courage malheureux", le capitaine Bigot, qui commandait " La Seine" est accueilli triomphalement en France. Le Directoire le cite à l’ordre de la Nation et lui offre des armes d’honneur, après qu’un Conseil de Guerre l’ait blanchi de toute responsabilité dans la perte de son navire. "La Seine" continuera sa carrière sous pavillon anglais et finira par faire naufrage sur les côtes bataves (hollandaises).
L’ancien Régime
Sous Louis XI, La Tranche est citée parmi les ports et havres de la côte. Il en coûte 40 livres pour passer à l’île de Ré. Les échanges sont nombreux avec l’île. Les Tranchais s’y rendent pour tailler les vignes et vendanger, avec ânes et chevaux qui sont loués sur place. Les Rhétais abordent à La Tranche pour acheter grains et volailles aux Moutiers. L’Auberge de la Côte (encore présente sur le 1er cadastre de 1811) est le point de rencontre obligé, à la pointe du Chiquet, au lieu-dit le Port.
En 1603, le notaire Nicolas Herpin établit des "maroys salans" à La Tranche. Le transport du sel vers la Normandie, le Pays Basque, l’Angleterre, s’ajoute à l’exportation des denrées agricoles. Abandonnées, les salines deviendront des prés aux noms évocateurs : Bossis, Vasais, Plate-forme, Sartière (cadastre de 1846). A la fin du XX ème siècle, lotissements, zone artisanale, surfaces commerciales prendront la place de ces anciens marais salants. Au XVIII ème siècle, l’ail et l’oignon font l’objet d’un " commerce considérable." Des négociants tranchais s’établissent en Irlande et en Angleterre. A partir de 1722, le dessèchement du marais entre " les paroisses d’Angles, La Tranche et autres voisines", permet la mise en valeur de nouvelles terres.
Le Xix Ème Siècle Et Le Début Des Bains De Mer
1811 : établissement du 1er cadastre, sous le 1er Empire. (2ème cadastre en 1846).
En 1818 et 1829 les Tranchais demandent au Préfet la réparation d’une muraille (abri longitudinal, une des nombreuses tentatives d’établir un port, toutes vouées à l’échec suite aux attaques de la mer) afin de favoriser l’exportation de leurs denrées (ails, oignons, échalotes, pommes de terre, haricots). Un trafic important passe par les ports de Moricq et de l’Aiguillon, que l’on rejoint en barque par l’acheneau, avant l’ouverture de la route de la Faute en 1897.
En 1831, construction du fanal du Grouin. En 1866, édification de la jetée de la Pointe du Chiquet (entre temps, l’Auberge de la Côte est partie à la mer) et du phare du Grouin (dynamité par les Allemands en 1944). Sous la Restauration, début de la mode des bains de mer. Construction de la 1ère villa en 1848 par le banquier luçonnais Eugène Daviau, suivi par la bourgeoisie luçonnaise (Phélippon, négociant, Vrignaud, distillateur, Daviau, notaire…). Démarrage du tourisme balnéaire sous le II ème Empire avec un "casino" (vers la Baie d’Aunis), des fêtes d’été avec courses d’ânes, l’érection d’une fontaine ferrugineuse (à l’entrée de la Savinière) en 1890 (détruite par les Allemands en 1943).
Le XIX ème siècle voit aussi la plantation de la forêt domaniale (pins maritimes) et d’oyats, afin de fixer les dunes.
En 1899, l’explorateur Emile-Arthur Thouar, d’origine rhétaise, fonde un Syndicat Agricole, qui connaîtra une vie éphémère et mouvementée (guerre ouverte avec les négociants). Les cultivateurs, pour la plupart très pauvres, produisent blé, froment, orge, avoine, fèves, haricots, ail, oignons, échalotes, pommes de terre (dont la fameuse "bleue de La Tranche", très appréciée Outre-Manche). Ces cultures ne sont possibles qu’avec l’apport de goémon, que l’on récolte sur l’estran aux grandes marées, deux fois par an (la coupe du "sart" est très réglementée et donne lieu à des fêtes au pays).
Les Deux Guerres Mondiales
En février 1900, échouage au Grouin d’un énorme cachalot (près de 25 m de long) examiné par le docteur BUREAU, directeur du Muséum de Nantes (sans doute l’un des plus gros spécimen jamais vu). Georges Clemenceau, "le plus illustre de nos estivants" séjourne à plusieurs reprises dans la station. Visite officielle en 1906 et réception à la Mairie. Il intervient pour la construction de la digue de la Belle Henriette, suite à des inondations catastrophiques (route de la Faute emportée, prés noyés).
67 soldats tranchais sont tombés pendant la guerre 14/18. Le sergent-chef Denis s’illustre dans l’affaire de la "tranchée des baïonnettes".
En 1940, La Tranche héberge les réfugiés ardennais du village des Mazures et subit l’occupation allemande durant 4 ans. L’Organisation Todt érige le Mur de l’Atlantique, avec des travailleurs requis. Un chemin de fer à voie étroite emmène jusqu’au phare matériaux et ouvriers (la route du phare ne sera ouverte qu’en 1952). Bunkers, tobrouks, chicanes, mines, barbelés, casemates et pièces d’artillerie hérissent la côte qui est déclarée "zone interdite". Sur la dune du Creux du Tambour, des artilleurs servent 4 pièces de 155 mm. Les batteries "Stettin" et "Stuttgart", au Grouin et sur la Grande Plage, remplacent les batteries des canonniers garde-côtes établies au XVIII ème siècle et figurant encore au cadastre de 1811. A la Grière, d’innocentes villas sont en fait des blockhaus peints en trompe l’œil. La Kommandantur est située dans la maison de Félicien Guieau (acquise en 2005 par la ville), jouxtant l’hôtel de l’Océan, cantonnement réquisitionné, camouflé et défendu par des pièces de DCA et un mirador avec télémètre et guetteur.
En 1943, des soldats hindous de la légion "Freies Indien" (Indes libres) séjournent à La Tranche. Ce sont des supplétifs de l’armée anglaise, faits prisonniers en Afrique du Nord et "retournés" par les Allemands. Leur allure et leurs moeurs inhabituelles inquiètent la population. On leur prête de nombreuses exactions (bagarres, pillages, villas saccagées...). Pour dégager leurs champs de tirs, les troupes d’occupation dynamitent des maisons. La commune sera déclarée "la plus sinistrée de Vendée" à la Libération. Craignant une nouvelle vague de démolitions, le curé Roux place la paroisse sous la protection de Notre-Dame de Fatima. En 1944, les Allemands évacuent La Tranche, après avoir fait sauter le phare. C’est ainsi que sera érigée en 1946 une statue " à la Vierge de Fatima" qui avait sauvé La Tranche.
En 1944, une vingtaine de Tranchais s’engagent dans les F.F.I et combattent pour la libération des poches de La Rochelle et Saint-Nazaire.
Les Temps Modernes : De L’agriculture Au Tourisme
Les années 30, avec les lois sociales, voient l’explosion du tourisme, mais la culture maraîchère est toujours reine avec la pomme de terre en tête. La vigne représente encore plus de 60 hectares en 1965.
En 1929 éclate "la Révolution", un épisode digne de Clochemerle, sur fond d’opposition entre une mairie anticléricale et un évêque intransigeant, le prétexte étant le loyer du presbytère. La Tranche sera privée de prêtre pendant 7 ans et les paroissiens finiront par construire eux-mêmes une nouvelle cure sur l’enclos "Stella Maris" (cédé à la Mairie en 2005). Les mentalités resteront longtemps marquées par ces divisions. Il faudra attendre la Libération et le retour des prisonniers pour une réconciliation "trancho-tranchaise".
En 1953, le nouveau phare est mis en service. Il remplace une tour en bois provisoire installée après le dynamitage en 1944.
En 1954, La Faute sur Mer est séparée de La Tranche et devient une commune à part entière.
Les années 50/60 voient la culture des fleurs à bulbes (tulipes, narcisses, glaïeuls…) supplanter celle des légumes, de moins en moins rentable. C’est la grande époque de la Fête des Fleurs et des Floralies Tranchaises ("la Petite Hollande").
Le tourisme devient une mono-activité à l’aube du XXI ème siècle, entraînant la disparition de coutumes locales (pêches aux écluses, ramassage du goémon) et le développement d’une économie nouvelle (construction, services, campings, nautisme…). Le 1er camping (municipal) date de 1950.
A noter que La Tranche est devenue LA TRANCHE-SUR-MER en 1938


